TÉRANGA. C’est ce mot qui résonne dans ma tête au moment de m’installer dans l’avion en partance pour Dakar.

Une première en Afrique, ce n’est pas rien. On en a rêvé longtemps. Elle s’accompagne de sensations contradictoires, d’excitation, de fantasmes aventuriers et de peurs infondées.

Dans le cadre de sa campagne #TravelWithCorsair, Corsair, seconde compagnie aérienne française, m’a invité à découvrir le Sénégal pendant 10 jours avec ma copine, Tamara. Le but étant de retranscrire une expérience de voyage inédite, à travers mon oeil totalement neuf sur la destination.

Alors avant de partir, on bouquine, on repère à distance, on collecte des retours d’expériences d’autres voyageurs. J’y ai découvert un Sénégal aux milles visages, bien que cela reste une version virtuelle et projetée d’un voyage, j’ai pu identifier ce qui serait le fil rouge de mon voyage. Un simple mot: Téranga.

En langue Wolof, langue officielle du pays avec le français, cela veut dire « hospitalité »; mais il signifie bien plus encore, une fois le premier pied posé en terre sénégalaise. «Téranga», c’est un crédo, une fierté nationale… certains iront même jusqu’à dire une philosophie. Leur « Hakuna Matata » à eux en quelque sorte.

Exit les stations balnéaires de la « petite côte » au sud de Dakar qui font triste mine, en déclin depuis plus de quinze ans après avoir connu l’ âge d’or dans les années 70. Le Sénégal affronte un nouveau défi qui passe par le renouvellement de son offre touristique, le tourisme balnéaire « tropical » ne supportant plus la comparaison face à la concurrence.

Le moment était donc parfaitement choisi pour aller à la rencontre de ce renouveau – bien plus intéressant selon moi qu’une rangée de transats alignés au soleil – en parcourant au maximum le pays pendant dix jours, au contact de sa diversité humaine, culturelle et gastronomique.

Une fois le parcours global plus ou moins établi, nous sommes entrés en contact avec « Esprit d’Afrique », une petite structure tournée vers le tourisme intégré, avec qui nous avons pu organiser au jour le jour un voyage inoubliable. La « Téranga » incarnée par celui qui sera notre guide tout au long du séjour: Jules.

À notre arrivée, nous rejoignons de nuit notre premier gîte, situé sur les berges du Lac Rose, lieu incontournable situé à quelques kilomètres de la capitale. Un premier plat local englouti sous le bruit des grillons: un poulet au citron dont je n’oublierai jamais la saveur, et nous étions enfin dans le bain tant attendu. Une première dose d’humanité réjouissante née d’échanges nocturnes avec notre hôte du moment, Pap, l’employé du gîte resté spécialement pour nous.

Après une nuit qui justifia l’achat de l’anti-moustique « zones infestées » hors de prix à Paris, notre première journée fut placée sous le signe de la détente, notre guide arrivant seulement le lendemain.

Nous profitons de cette journée au gîte du Lac pour aller à la rencontre des ramasseurs de sel sur la berge opposée. Une expérience qui pousse à l’humilité.  Il était dur de nous avouer que leur pénible labeur revêtait une esthétique unique, les couleurs de leurs tenues et de leurs embarcations s’entrechoquant sur le blanc immaculé des tas de sel.

De retour au gîte nous approfondissons un peu plus notre initiation à la gastronomie locale et nous nous prélassons dans de petits nids paradisiaques faits de bois et de paille.

En fin d’après midi, on nous propose spontanément d’aller faire une balade à cheval sur la plage en passant par la dune qui sépare le lac salé de l’Océan. La lumière légèrement dorée viendra auréoler ce moment et me faire oublier mes muscles meurtris par un cheval têtu. Tamara tout sourire et beaucoup plus à l’aise que moi rentrera au galop jusqu’au gîte dans d’immenses volutes de poussière.

Après une première journée d’acclimatation, sonnait le vrai départ de notre aventure avec l’arrivée de Jules. Un homme fort, haut en couleur à l’humour et à la verve inépuisables.

Les présentations faites, le courant passe immédiatement entre nous. Nous serons un trio pour les neufs prochains jours.

Le temps de faire nos adieux et nous sautons dans son 4×4 en direction de Saint-Louis. En nous emmenant voir l’un des points de passage du Paris-Dakar non loin de là, Jules nous proposa de longer la côte par la plage sur plus de 200 kilomètres afin de rejoindre notre prochaine étape. La seule contrainte étant de ne pas trop s’arrêter pour éviter de se faire surprendre par la marée montante.

Sur le trajet de notre autoroute improvisée, nous avons pu observer qu’un klaxon et des gestes suffisaient à communiquer dans l’entente la plus cordiale. Par endroits, des pêcheurs isolés nous faisaient signe de contourner leurs lignes jetées à la mer depuis la plage. D’autres fois nous transpercions sur cent cinquante mètres une foule dense entourée de dizaines d’embarcations, certains s’affairant à remonter les filets depuis l’eau, d’autres se reposant à l’ombre des proues.

Le ronronnement du moteur, les secousses et la redondance du paysage côtier nous assommèrent quelque peu, au point d’arriver exténués à notre hôtel « Océan et Savane », où un superbe lodge type cabane-sur-pilotis nous attendait. Situé au niveau de la langue de Barbarie à 15km de Saint-Louis, l’hôtel jouit d’un cadre exceptionnel coincé entre un lagon d’eau douce, une langue de sable protégée – réserve ornithologique naturelle – et l’Océan.

Le lendemain, après un petit déjeuner et un service beaucoup trop occidentaux, laissant un arrière goût de patronat post-colonial, nous avons rejoins l’île de Saint-Louis tout au nord du pays. Saint-Louis qui fut longtemps la capitale de l’Afrique Occidentale Française a été classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO pour son patrimoine architectural et culturel uniques, issus de la mixité entre les  vagues coloniales – françaises et anglaises – et les traditions locales.

Une visite du port de Saint-Louis est une expérience forte à vivre. On y oublie assez vite l’hospitalité légendaire à la croisée des regards sombres, une tension toujours contenue cependant, qui s’oublie à son tour dans des odeurs nauséabondes de poissons séchés, un brouhaha enivrant et un bal de couleurs qui semble danser sans cesse. Le tour de la ville en calèche fut fort appréciable à travers les yeux d’un jeune homme qui, apprenant peu à peu le français, fit tous les efforts possibles pour nous transmettre son savoir intarissable sur sa ville natale.

Saint-Louis étant une ville assez touristique, elle attire son lot de charlatans et de vendeurs malhonnêtes qui utilisent les valeurs de la « Téranga » à leur avantage. Ils vous faudra vous armer d’un savoir faire notable dans les négociations de rue, chose dont je ne dispose visiblement pas car, bien que prévenu par le jeune homme, mon budget pour la journée s’évapora en quelques minutes. Un tour d’alchimie qui transforma mon argent en diverses étoffes, colliers et bouts de bois sculptés.

Afin d’éviter la banqueroute, nous avons repris la route en fin d’après-midi vers notre hôtel pour profiter de son cadre idyllique avant notre départ dans les terres.

En ce quatrième jour de voyage, notre seul objectif était d’atteindre le village de Lompoul et son « désert ». Il s’agit en réalité d’une gigantesque dune propice au développement d’un tourisme aux airs sahéliens, sur laquelle ont émergé des tentes mauritaniennes.

Nous avons ponctué la journée de traversée de brousse, d’arrêts dans les marchés locaux et je me rappelle avoir été très agréablement surpris par la qualité du réseau routier sénégalais.

Nous sommes restés suspendus aux lèvres de Jules qui profita du transfert pour nous familiariser encore un peu plus avec le pays grâce à un cours d’ethnologie fascinant. Une leçon qui décuplait le sens du « savoir vivre ensemble » propre au Sénégal. Je ne m’attarderai pas dessus mais, le métissage du pays est tel que, plus de dix ethnies cohabitent dans une sphère culturelle traditionnelle commune où Islam et Catholicisme trouvent leur place respectives dans des valeurs de tolérance et de liberté.

À peine le temps de rêver à un « idéal sénégalais » à appliquer en réponse aux maux de ce monde que nous arrivions à bon port. Quel dommage,  la paix universelle était proche mais, à chaque moment sa priorité: il me fallait à tout prix goûter au thé que l’on me tendait en guise de bienvenue. J’ai oublié de le préciser mais nous avons effectué notre voyage en plein mois de ramadan, ce qui nous amena à vivre des moments privilégiés, notamment lorsque nous avons cassé le jeûne ce soir là avec les jeunes du village employés au camp du désert.

Affaiblis par une petite « tourista » des plus classiques, nous avons pris notre courage à deux mains pour profiter d’une soirée douce, éclairée par les flammes d’un gros feu de camp, rythmée par les chants traditionnels et les claquements des djembés.

Le lendemain matin nous sommes partis dès que possible à l’assaut des dunes pour une balade en chameau. Le chamelier n’ayant pas pu être prévenu à temps la veille, nous avons raté l’occasion de contempler le lever de soleil en mode « Lawrence d’Arabie », ce qui n’amoindrit en rien la dimension spectaculaire de l’instant.

Désireux d’en savoir plus sur les retombées du tourisme intégré, nous avons passé l’après-midi au village pour visiter la pépinière, découvrir les systèmes d’arrosage et les fours à pain financés par la structure touristique. Nous avons eu la chance d’être invités par le chef du village qui nous a longuement confié les problèmes que rencontre son village, les solutions espérées pour y construire un avenir durable et ses attentes envers le tourisme responsable.

La suite de notre périple nous emmènera dans les mangroves du Siné Saloum pour trois jours d’un nouveau genre. Un autre village à découvrir, un autre rythme de vie où des habitants ravis de nous ouvrir leurs portes nous attendaient isolés entre deux bras de fleuves.

Les eaux paisibles de la mangrove bercent nos journées et nos nuits; un jour nous partons en pirogue à la recherche de baraques de pêcheurs, un autre, nous accompagnons la femme du chef du village, Mariama, acheter des produits pour fabriquer du savon. Femme de coeur au caractère bien trempé, elle a créé l’association des femmes du village de Bambougar avec la ferme intention de dynamiser l’activité économique entre les villages voisins et le désir d’émanciper les consciences. Une femme politique dans sa forme la plus pure avec qui nous avons passé l’essentiel de notre temps là bas.

Nous nous sommes sentis chez nous, nourris de l’amour débordant que nous ont témoigné tous ces gens. Les rires, les repas partagés, les ateliers de coiffure improvisés sont autant de souvenirs inoubliables qui transcendent le sens du mot « Téranga ». En ce qui me concerne, j’ai atteint l’état de grâce lorsque j’ai pu réaliser un rêve… jouer au foot avec les gamins du village.

Il fut dur de quitter ce cocon. La gorge serrée nous avons fait durer les au revoir avant de reprendre la route vers la petite côte. C’est sur un nuage plein de nostalgie et de passion humaniste que nous nous sommes promis de revenir voir nos nouveaux amis.

À une petite heure de route de la station balnéaire de Saly, que nous avions choisi de visiter pour compléter notre reportage, nous faisons un détour sur les conseils de Jules, vers l’île de Joal-Fadiouth. Bastion de la minorité chrétienne, l’île est un petit bijou recouvert de coquillages, ses petites rues pastel et son joyeux cimetière lui confère une âme de contes de fées. Les cochons se font bronzer dans les piscines boueuses que la marée basse dévoile, la langueur de vivre se répand dans l’air des places du village.

Pressés par le temps nous laissons le charme s’évanouir peu à peu jusqu’à notre arrivée à l’hôtel. Une étape anecdotique qui ne fera que confirmer notre aversion pour ce versant du tourisme, un complexe hotelier au kitch affligeant qui porte les stigmates du déclin, que certains irréductibles « toubabs » (homme blanc en Wolof) bedonnants continuent de fréquenter.

Heureusement, la réserve animalière de Bandia nous redonna le sourire.

Pour notre dernier jour au Sénégal, qui sonnait aussi la fin du ramadan, nous avons arpenté les rues de la sublime île de Gorée totalement seuls. Habituellement bondée de touristes nous avons eu la chance de la découvrir tel un musée à ciel ouvert.

Tristement célèbre dans l’Histoire de l’Esclavage, haut lieu du commerce et forteresse des élites colonialistes, l’île est un mirage de beauté et de raffinement. On y retrouva des airs de Provence, d’Italie ou de Corse dans les façades enduites d’ocre qui s’effritent avec le temps, les cours pavées où les baobabs remplacent les platanes, le linge qui se débat sous le vent.

La maison des esclaves et le mémorial viennent couronner le tout avec leur poids du devoir de mémoire. Comme pour sublimer cette première fois en Afrique et lui dire:  « Pardon. Merci. À très vite surtout! »

#TravelWithCorsair